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le 4ème de ligne a austerlitz

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1 le 4ème de ligne a austerlitz le Mer 25 Mar 2009 - 20:05

dites je relisais un compte rendu historique d'Austerlitz qui trainait par là et j'ai (re)découvert quelque chose qui n'avait pas focalisé mon attention à la 1ère lecture...ce fameux 4ème de ligne engagé aux alentours de midi du coté du staré vinhorady était commandé par le colonel joseph Bonaparte, le propre frère de l'empereur....Or si je me rappelle bien c'est ce même 4ème de ligne qui perdit le seul et unique drapeaux Français de la journée ....je vais être médisant mais ne serait ce pas dû a l'incompétence de ce cher joseph qui a montré tout au long de son histoire son manque de décision et de compétence aux cotés de son frère (oui je n'aime pas beaucoup la famille de l'empereur Evil or Very Mad ) quelqu'un de plus calé que moi a-t-il une opinion ou une explication a m'apporter, je me doute bien que ce n'est pas seulement dû a cela mais est ce une possible explication? Grognard

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2 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Mer 25 Mar 2009 - 20:07

Joseph en était le "colonel" mais pas le commandant sur le terrain. Je posterai ce soir ici le passage que j'ai consacré à ce régiment dans mon livre sur Austerlitz.


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3 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Mer 25 Mar 2009 - 20:22

merci Fred j'ai hâte de te lire bounce

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4 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Jeu 26 Mar 2009 - 0:42

Voilà ce que j'ai écrit sur les "problèmes" recontrés par le 4e de ligne, dans "Austerlitz, la victoire exemplaire" (Quatuor 2005) :

12 heures 30 : la charge des gardes du corps et des Chevaliers-Gardes

Depuis midi, un froid de plus en plus intense, doublé d’un vent d’est rend encore plus pénible la bataille. Mais, du côté des Russes, le grand-duc Constantin a décidé désormais de tenter le tout pour le tout. Après l’échec de la première vague de son infanterie, le jeune frère du tsar ne transige plus sur les moyens. Il lance en avant son meilleur atout, sa plus puissante unité : la brigade de cavalerie lourde du major-général Depreradovich II. La brigade regroupe les dix escadrons des deux meilleurs régiments de la garde et de l’armée russe : les 700 sabres du régiment de Chevaliers-Gardes et les 800 cavaliers du régiment des gardes du corps. L’attaque que le grand-duc Constantin souhaite décisive est montée avec application. La batterie de cinq pièces, tirée de la compagnie d’artillerie montée de la garde, est déployée de telle manière qu’elle peut faire feu directement sur le carré du 1er bataillon du 4e de ligne. Si le carré est la formation idéale pour recevoir une charge de cavalerie, il constitue également une cible de choix pour l’artillerie. Sur un champ de bataille, la science tactique consiste justement à bâtir des attaques combinées avec de l’artillerie, de la cavalerie et de l’infanterie, afin de pouvoir surpasser les artifices défensifs d’un adversaire qui ne disposerait pas de la même gamme d’unités. De ce point de vue, le 4e régiment de ligne français est en position de faiblesse notoire. Avant même que les cavaliers russes ne chargent, les canons de la garde blessent mortellement le porteur de l’Aigle du bataillon.
Les gardes du corps russes se préparent ensuite à porter leur attaque. Le régiment de gardes du corps de la garde est placé en pointe. Ses escadrons se déploient les uns après les autres. Le moment crucial approche. Le colonel Ojarovsky ouvre le bal à la tête du 1er escadron. Les gigantesques cavaliers approchent jusqu’à moins de 200 mètres du carré, puis partent au galop. Les sabots de leurs gros chevaux résonnent sur le sol gelé ; les sabres sont dégainés et pointés en avant. Plus d’un soldat serait pris de panique devant ce spectacle, mais soudés dans leur carré, les hommes du 4e tiennent bon. Ils déchargent leurs fusils et leurs tirs suffisamment précis repoussent cette première charge et empêchent les gardes du corps d’approcher suffisamment près pour donner du sabre. Le 2e escadron entre alors en scène, lancé à fond de train sur les traces du premier. Il parvient au contact du carré avant même que les Français aient eu le temps de recharger leurs fusils. Cette fois le 4e de ligne ne va pas pouvoir résister. La 3e compagnie du régiment de gardes du corps, commandée par le lieutenant Khmelev parvient à pénétrer à l’intérieur du carré et à le rompre. L’autre compagnie du 2e escadron, la 4e, lui emboîte le pas. Les fantassins français tombent comme des mouches sous les coups de sabres des gardes du corps. Après que deux porte-étendards aient déjà succombé, l’Aigle du bataillon est désormais entre les mains du major St-Cyr. Ce dernier, accablé par les coups que lui infligent les gardes Lazonov, Ouchakov et Omeltchenko, se voit ravir son précieux emblème. Il tombe à terre, affaibli par douze blessures. Le pire est à venir, le carré est maintenant totalement rompu et les fantassins français tentent leur chance individuellement. C’est désormais la loi du « chacun pour soi » qui prévaut pour tenter d’échapper aux sabres des cavaliers russes. Tout le monde sait malheureusement qu’un fantassin isolé n’a aucune chance face à des cavaliers, et plus de 200 soldats français jonchent bientôt le sol. La charge a déjà réussi, alors que seulement deux des dix escadrons de la brigade ont été engagés. Le 24e régiment d’infanterie légère appelé à la rescousse par Vandamme arrive maintenant à proximité immédiate des combats, conduit par le colonel Pourailly. Les deux bataillons du régiment progressent en ligne, au milieu des vignes. Si les arbustes avaient freiné l’ardeur des hussards, ils ne suffisent pas à convaincre les gardes du corps d’arrêter leur offensive, bien au contraire. Alors que les deux premiers escadrons se replient avec l’Aigle conquise sur le 4e de ligne pour se réorganiser, les trois derniers escadrons du régiment lancent immédiatement une charge dirigée sur les fantassins légers. Le feu de ligne des deux bataillons du 24e léger ne suffit pas à freiner leur élan. Une fois au contact, les gardes du corps brisent facilement la mince ligne française. Le 24e léger subit des pertes aussi lourdes que le 4e de ligne. Près de Telnitz, le 108e régiment de ligne avait succombé à une attaque surprise, dans le brouillard, des hussards de Hessen-Hombourg. Cette fois, et pour la première fois de la journée, deux régiments français viennent de s’avérer incapables, que ce soit en carré ou en ligne, de résister à une charge ennemie. Seul le 2e bataillon du 4e de ligne a pour l’instant échappé à la furie des cavaliers de la garde russe. Les fuyards des deux régiments courent maintenant dans le plus grand désordre. Napoléon est maintenant installé sur la Staré Vinhorady avec sa garde derrière lui. Ses aides de camp, voyant les masses d’hommes à pied qui affluent dans leur direction, promettent à Napoléon que ce sont des cohortes de prisonniers russes que l’on conduit vers l’arrière. La méprise fait long feu, quand les soldats du 4e de ligne et du 24e léger passent affolés devant l’état-major. Certains crient mécaniquement « Vive l’empereur ! » : les bonnes habitudes ne se perdent pas, même dans les pires moments… Le maréchal Bessières, plus perspicace que ses collègues, remarque que les hommes en fuite se retournent sans cesse, attitude caractéristique de fantassins sous la pression de cavaliers ennemis. Il lance à son aide de camp, César de Laville, une remarque qui va s’avérer prémonitoire : « nous allons avoir une affaire de cavalerie ». L’heure est grave, même si ces épisodes ne viennent pas réellement perturber la sérénité de Napoléon.

Grognard



Dernière édition par Frédéric Bey le Jeu 26 Mar 2009 - 0:48, édité 1 fois


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5 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Jeu 26 Mar 2009 - 0:48

Et maintenant ce que j'ia écrit sur l'affaire de l'Aigle du 4e de ligne :

Le colonel Bigarré, du 4e de ligne, cherche à faire oublier les déconvenues de son régiment face aux cavaliers de la garde russe. Lui et ses hommes combattent avec une furie incroyable. Ils capturent ainsi le colonel Soulima du 8e de chasseurs et deux drapeaux. Bien que cela reste anecdotique, Bigarré ne sait pas encore à cet instant que son régiment a connu le déshonneur de perdre une Aigle. Ses hommes ont en effet ramassé, au cours des combats contre la cavalerie russe, une des deux Aigles du 24e léger, un moment abandonné au sol, et cela sans en vérifier la provenance. Le soir venu, il devra rendre l’Aigle du 24e et constater avec amertume la perte d’un des siens. La compensation que constitue la capture de trophées prestigieux aux abords d’Aujezd ne suffira pas alors à laver l’honneur de son régiment.

(...)

Mais nous l’avons vu, un régiment français s’est également fait ravir son Aigle à Austerlitz. Il s’agit du 4e régiment d’infanterie de ligne dont les carrés ont été brisés par les cavaliers de la garde impériale russe. Lorsqu’il les passe en revue quelques jours après la bataille, Napoléon fait à ces braves soldats, dont une vingtaine de compagnons ont perdu la vie pour sauver sans succès le précieux emblème, des reproches à la hauteur du déshonneur encouru : « Où est votre Aigle ? Vous êtes le seul régiment de l’armée française à qui je peux faire cette question ! J’aimerais mieux avoir perdu mon bras gauche que d’avoir perdu une Aigle ! Elle va être portée en triomphe à Pétersbourg et, dans deux cents ans, les Russes la montreront en orgueil. Que ferez-vous pour réparer cette honte, pour faire taire vos vieux camarades de l’armée qui diront en vous voyant : Voilà le régiment qui a perdu son Aigle ? Il faut qu’à la première occasion, votre régiment m’apporte au moins quatre drapeaux ennemis, et alors je verrai si je dois lui rendre son Aigle. ». On mesure mieux, en comparant ces propos humiliants aux éloges dispensés dans le Bulletin de la Grande Armée, combien cette question des trophées est importante à l’époque. Le 4e de ligne échappera finalement à un trop long purgatoire. Napoléon au regard de la conduite héroïque du régiment à Austerlitz, et des drapeaux qu’il a lui-même enlevés à l’ennemi, lui remet une nouvelle Aigle le 25 décembre à Vienne.


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6 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Jeu 26 Mar 2009 - 14:39

Bon sang, il fallait vraiment avoir un moral bien trempé pour être soldat à l'époque... Je ne serais pas surpris que quelques gros bras se soient retrouvés en larmes après s'être fait remonter les bretelles comme ça par leur dieu! Ca me donne autant de frissons de malaise que la fameuse gravure de Meyer représentant Dreyfus à la "cérémonie" du retrait de ses galons.
C'est curieux de se dire qu'il y a à peine quelques générations, on attachait encore tant d'importance à cette forme de symbolisme et qu'on y liait son honneur de soldat, ni plus, ni moins. Je me demande ce qu'il faudrait aujourd'hui pour reproduire une telle scène.

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7 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Jeu 26 Mar 2009 - 16:05

Tu as raison, les soldats en étaient meutri au plus au point... mais c'était efficace, car on ne les y reprenait pas à deux fois Grognard

Aujourd'hui on pleure quand on est éliminé de la Star Academy ou de la Nouvelle Star...

C'est d'ailleurs ce que j'écrivais, cette fois dans la conclusion de mon bouquin sur "Eylau et Fridalnd, lavictoire avant tout" (Quatuor 2008) :

"À une époque où la France, consciemment d'ailleurs, oublie peu à peu son passé, écrire l'histoire des soldats Français, Polonais, Prussiens ou Russes - tous attachés avec autant de ferveur à leurs patries respectives – est un véritable devoir. Ces hommes sont-ils morts seulement pour nous entendre maudire la guerre et mépriser leur époque ? Dans un ouvrage récent consacré à Tacite, Xavier Darcos a su exprimer brillamment où devrait se situer la mission de l'historien : « La valeur et la bonté des êtres exceptionnels rayonnent et sont une nourriture spirituelle pour ceux qui restent : "le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants" (Tacite, Vie d'Agricola). S'il faut discerner une foi chez Tacite, c'est dans cette conviction qu'il faut la chercher. Elle est assez proche de ce que les chrétiens appellent la "communion des saints". Mais qui comprend cela aujourd'hui ? ». Et qui comprend le sens des souffrances endurées par les combattants d’Eylau ou de Friedland ?"

Victoire de Friedland, apogée de la France, enivrement de puissance ? Quoi que l'on puisse penser de la campagne de Pologne de 1806-1807, déclenchée ne l'oublions pas par l'obstination des puissances Coalisées à ne pas vouloir admettre en leur sein une France issue de la Révolution. Il n'en reste pas moins aujourd'hui que la réconciliation générale des nations européennes n'a de valeur que si leurs populations possèdent une compréhension exacte de leur histoire. Laissons cette fois à Cicéron le mot de la fin : «Ignorer les événements qui se sont passés avant votre naissance, c’est rester toujours enfant.». Ne nous laissons pas enfermer par les lois absurdes d’une Europe prétendument sans racines, ne soyons pas les naufragés volontaires d’une société qui refuserait d’admirer et d’assumer son histoire. Au contraire, référons nous à notre passé, aux sacrifices de nos ancêtres, avec le même degré de nécessité auquel nous devrions imaginer notre avenir.


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8 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Jeu 26 Mar 2009 - 23:25

je partage tout a fait ce point de vue, le reniement de notre passé et de notre identité entrainera des problèmes bien plus grave que l'on veut se le dire...connaitre le passé c'est comprendre le présent et préparer l'avenir...mon point de vue d'homme aimant l'histoire de ses origines et n'acceptant pas le mépris de certains envers la mémoire de ceux qui rêvait d'un monde meilleur pour leur enfants a n'en pas douter.
quel autre motivation que la justesse de la cause pour laquelle on se bat et la volonté de protéger les siens peut pousser un homme a tuer un autre homme sur le champ d'honneur?
aujourd'hui les gens n'ont plus de cause globale ou idéaliste a défendre , seulement des volontés sectaire et communautariste à revendiquer. :indifferent:
on manque de repère..

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9 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Jeu 26 Mar 2009 - 23:37

Il y a une phrase de Pauwels qui me plait beaucoup :

"Quand on ne reconnait plus les siens, c'est qu'on est déjà plus des leurs" Wink

J'ai répondu à tes questions sur le 4e de ligne sinon ?


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10 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Jeu 26 Mar 2009 - 23:45

oui oui merci pour les passages de ton livre c'est toujours un régal, en espérant que quelqu'un de mon entourage aura l'idée de m'en offrir un pour mon annif un jour Wink
mais quel rôle tenait joseph au sein de ce régiment alors et comment était il arrivé la?

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11 Re: le 4ème de ligne a austerlitz le Ven 27 Mar 2009 - 11:13

Il était juste colonel "honoraire".

Il y aura plus tard aussi des régiments napolitains puis espagnols qui porteront son nom.


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