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CR Amirauté : bataille de la mer de Libye, 13 juin 1940

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Conception du scénario

Les évènements susceptibles d'inspirer un thème tactique – historique ou hypothétique – ne manquent pas. Mon choix s'est porté sur un affrontement franco – italien uchronique au large de la Crête pour plusieurs raisons.
La première était la volonté de jouer en campagne (une succession de thèmes tactiques reliés entre eux mais sans phases stratégiques) afin de sensibiliser les joueurs à la nécessité de limiter les pertes au maximum. Nous verrons que cet objectif n'a pas été pleinement atteint.
La deuxième était de limiter l'ampleur de la bataille. Les affrontements mobilisant des flottes importantes furent historiquement rares et s'avèrent généralement fort délicats à arbitrer.
Le dernier critère de choix était l'originalité. Les précédentes batailles avaient mis en scène les marines américaine, japonaise, britannique, allemande et italienne mais jamais la Marine Nationale.


Contexte historique


L’entrée en guerre de l’Italie, le 10 juin 1940 à minuit place la Regia Marina dans une situation délicate. Alors que la plupart de ses unités lourdes sont encore en travaux (seuls les cuirassés Giullio Cesare et Conte di Cavour sont disponibles), elle doit affronter l’essentiel de la Marine Nationale (concentrée en Méditerranée occidentale) ainsi que la Mediterranean Fleet, repliée depuis peu à Alexandrie.

La Regia Marina ne reste néanmoins pas inactive. Entre le 10 et le 12 juin, plusieurs bâtiments appareillent de Naples, Messine et Tarente pour patrouiller en mer Ionienne et dans le détroit de Sicile.

Au même moment, la Mediterranean Fleet quitte Alexandrie, précédée par le 7th Cruiser Squadron, pour un raid en Méditerranée orientale. De son côté la Division Navale du Levant appareille de Beyrouth et met le cap vers le détroit de Kasos. La sortie des navires français vise à créer une diversion afin de faciliter l’opération VADO (le bombardement de Gênes), qui doit avoir lieux aux premières heures du 14 juin.

Le 12 juin, la Regia Aeronautica repère les croiseurs britanniques, et une des escadres italienne croisant en Méditerranée centrale est envoyée les intercepter. Historiquement les navires italiens rentrèrent au port, bredouilles, tandis que le 7th Cruiser Squadron bombardait Tobruk. Nous nous écarterons maintenant des évènements historiques et accepterons l’hypothèse qu’un appareil de reconnaissance repère la force navale italienne dépêchée à la recherche des navires britanniques dans la matinée du 13 juin. La Division Navale du Levant quitte alors le détroit de Kasos pour intercepter l’ennemi. Des hydravions Loire 130 sont catapultés afin de retrouver l'ennemi et à 1200, l'un d'entre eux signale la position de la flotte italienne. Son commandant, l'amiral Cattaneo, qui craint à juste titre de tomber dans un piège, décide de faire demi-tour et de rentrer au port. Trois quarts d’heure plus tard cependant, les guetteurs des deux flottes annoncent avoir repéré de la fumée et des matures sur l'horizon.


Situation tactique

Date : 13 juin 1940, 1245.
Lieu : mer de Libye, à une centaine de nautiques au sud de Kasos
Conditions météorologiques : visibilité 100 %, mer force 2, vents de 8 n du NE, couverture nuageuse 1/10
Les flottes sont en limite de visibilité. La flotte italienne fait 20 n au 290, en direction de Tarente est interceptée par la force X, qui arrive par le nord-ouest-ouest.
L'escadre italienne ne sait que la force ennemie est française, son dossier évoquant prioritairement la royal Navy. Elle est survolée par 4 hydravions ennemis.


Ordre de bataille italien

1er groupe

3a Divisione Incrociatori (Ammiraglio di Divisione Carlo Cattaneo)
Bolzano (Capitano di Vascello Gaetano Catalano Gonzaga di Cirella)
Trento (Capitano di Vascello Alberto Parmegiano)

11a Squadriglia Cacciatorpediniere (Capitano di Vascello Carolo Margottini)
Artigliere (Capitano di Vascello Carolo Margottini)
Camicia Nera (Capitano di Fregata Giovanni Oliva)
Aviere (Capitano di Fregata Carlo Tallarigo)
Geniere (Capitano di Fregata Giovanni Bonetti)


2ème groupe

7a Divisione Incrociatori (Ammiraglio di Divisione Luigi Sansonetti)
Emanuelle Filiberto Duca D’Aosta (Capitano di Vascello Franco Rogadeo)
Muzio Attendolo (Capitano di Vascello Federico Martigengo)

12a Squadriglia Cacciatorpediniere (Capitano di Vascello Carmine D'Arienzo)
Lanciere (Capitano di Vascello Carmine D'Arienzo)
Carabiniere (Capitano de Fregata Alberto Battaglia)
Corazziere (Capitano de Fregata Carlo Avegno)
Ascari (Capitano di Corvetta Sabato Bottiglieri)

Les croiseurs sont en ligne de file à 1.000 yards d’intervalle. La 7ème division de croiseurs est à 10.000 yards sur le flanc tribord de la 3ème. Les deux divisions de destroyers précèdent de 5.000 yards les croiseurs, en ligne de front espacée de 1.000 yards.
L’escadre file 20 nœuds dans le 290, en direction de l’Italie.


Ordre de bataille français

2ème Division de croiseurs (vice-amiral Robert Godfroy)
Duquesne (capitaine de vaisseau Bésineau)
Tourville (capitaine de vaisseau Marloy)
Suffren (capitaine de vaisseau Dillard)
Duguay-Trouin (capitaine de vaisseau Trolley de Prévaux)

3ème Division de Torpilleurs (capitaine de corvette Serres)
Le Fortuné (capitaine de corvette Serres)
Basque (capitaine de corvette Caron)
Forbin (capitaine de corvette Catelier)


L'escadre est organisée en 2 colonnes. La première, la plus au nord, comprend les 3 croiseurs lourds et la seconde le Duguay-Trouin et les torpilleurs.



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Tour 1 à 5 : une belle manoeuvre française, sans lendemain

Les croiseurs italiens font globalement route à l'ouest tandis que les destroyers se dirigent vers le nord. Les navires français continuent un moment au sud-est puis obliquent eux aussi vers le nord.
Le Duquesne et le Suffren sont les premiers à ouvrir le feu, au tour 2. Ils engagent les destroyers Lanciere et Artigliere. Le Tourville et le Duguay-Trouin les imitent au tour suivant. Curieusement, les CL italiens, pourtant à portée, ne tirent pas.
La canonnade devient générale au tour 4. Les bâtiments français sont admirablement situés pour étriller la 12ème division de contre-torpilleurs italienne : les navires sont relativement proches et suivent des routes paralèlles. Le Lanciere et l'Aviere sont atteint et sérieusement endommagés. La politique de tirs n'est cependant pas optimale et la flotte italienne aurait plus souffert si le choix des cibles avait été plus judicieux. Certaines cibles sont en effet choisies parmi les plus éloignées, donc les plus difficiles à atteindre.
Les croiseurs lourds italiens engagent le Duguay-Trouin, sans résultat, et plusieurs destroyers engagent les croiseurs français, qu'ils ont peu de chance d'endommager sérieusement, au lieu de s'en prendre aux torpilleurs, plus à leur portée. La 7ème division de croiseurs n'ouvre toujours pas le feu.

Au tour 5, la 12ème division de destroyers et la 3ème division de torpilleurs se protègent en émettant de la fumée. Le rideau de fumée aveugle le Dugyay-Trouin, qui doit cesser le feu. Par ailleurs, les navires de la 11ème division de destroyers ne sont plus dans l'arc de tir des tourelles avant des croiseurs lourds français. Ce qui, couplé avec la mauvaise politique de tir et la fumée de la 12ème division, limite fortement les tirs français. L'Aviere est néanmoins de nouveau atteint.
Les tirs italiens sont eux aussi affectés par les évènements. Le Bolzano et le Trento ne voient plus le Duguay-Trouin, caché par la fumée, et cessent de tir, tandis que l'Aosta, doit annuler son tir sur le Basque. Seul l'Attendolo parvient à engager le Fortuné, sans succès. La fumée des unités légères a probablement évité de gros dégâts de part et d'autres ce tour-ci. La 11ème division de destroyers, qui au contraire arrête d'emettre de la fumée au tour 5 va bientôt le regretter.


Tour 6 et 7 : premiers sangs

Le Duquesne vire sur tribord et ordonne un tir sur le Lanciere, pourtant masqué par sa fumée. Il perd un tour de tir et laisse s'échapper l'opportunité d'étriller la 11ème division de destroyers. Le Suffren rate l'Attendolo mais le Tourville touche une troisième fois l'Aviere et lui porte cette fois un coup décisif : les machines et chaudières noyées, le navire est hors de combat, et probablement perdu. La négligence de la 11ème division, qui a continué à subir inutilement le feu des croiseurs français, sans émettre de fumée ni maneuvrer lui a coûté un précieux bâtiment.
Le tir italien se concentre sur Le Fortuné, la seule cible à portée (les autres DD et le Duguay-Trouin sont cachés par la fumée), sans résultat. La chance abandonne le torpilleur français au tour suivant car il reçoit un coup du Trento qui démolit une chambre de chauffe. C'est un coup du sort car compte-tenu des circonstances, les probabilités de coup au but étaient extrêmement faibles (0.03 coup au but attendu ...). C'est également le résultat d'une erreur de jugement car le torpilleur aurait en toute logique du faire route au nord, autant pour se soustraire aux tirs ennemis que pour ne pas bloquer la ligne de tir des croiseurs français, qui de fait cessent tous le feu.



Tour 8 et 9 : l'accalmie


La dynamique de la bataille a maintenant changé. Les divisions de destroyers italiennes se sont soustraites aux tirs ennemis en émettant de la fumée et en virant sur tribord. La 12ème division, dangereusement aventurée au nord, retraite vers le sud et la 12ème continue son virage pour prendre un cap vers l'ouest. La 7ème division de croiseurs, qui a bien vu la vulnérabilité des destroyers face à l'escadre française, oblique au nord-est. La 3ème division de croiseurs continue sa route vers l'ouest et s'isole de plus en plus du reste de l'escadre.
Côté français, les croiseurs lourds font un virage sur tribord qui les mène sur un cap sud-ouest tandis que les torpilleurs et le Duguay-Trouin se dirigent vers le nord-est-est.
L'éloignement et la fumée rendent les tirs difficiles et seul le Tourville tire quelques salves inefficaces sur le Geniere.



Tours 10 à 13 : la désintégration des escadres


La visibilité est meilleur et les tirs reprennent. Les CA italiens visent le Duquesne et le Tourville, alors que le Duquesne engage avec succès l'Aosta (les dommages sont négligeables) et le Suffren tire sur le Bolzano. Le Tourville, curieusement, n'ouvre pas le feu. Les CL de la 7ème division engagent les torpilleurs français, choix discutable puisque les croiseurs français sont plus proches.

La politique de tir se rationalise aux tours suivants, avec cependant de maigres résultats. Le Tourville et le Trento s'atteignent mutuellement à deux reprises. Les dégâts sont superficiels sur le croiseur français mais son homologue italien perd une tourelle et un compartiment machines.

La période est marquée par la perte de cohésion dans les escadres. La 3ème division de croiseurs poursuit sa folle course vers l'ouest et laisse le reste de la flotte italienne sans support et sans commandement effectif. La 7ème division de croiseurs et la 11ème division de destroyers restent relativement proches mais la 12ème division de destroyers est assez loin au nord-est. L'Artigliere atteint à deux reprises Le Fortuné, qui est immobilisé par un impact dans les machines.
Chez les français, les deux colonnes, qui s'étaient éloignées, tentent de se rejoindre mais se disloquent dans la maneuvre. Le Tourville gagne sa liberté de manoeuvre et le Suffren a bien du mal à suivre son leader. Le Duguay-Trouin est séparé de la 3ème division de torpilleurs, dont le commandement est maintenant assuré par Le Basque.


Tours 14-18 : le messacre des forces légères italiennes

Au cours des tours 14 à 18, les forces françaises engagent à courte distance les unités légères (CL et DD) italiens, tandis que les CA de la Regia Marina, trop éloignés tentent vainement de les soutenir. Les coups au but sont nombreux de part et d'autre, mais ce sont les navires italiens qui souffrent le plus.
Au tour 14, l'Aosta encaisse un obus et le Camicia Nera, deux, mais les dommages sont modérés. Le Trento, touché par le Tourville, perd la moitié de son armement, victime d'un court-circuit électrique. L'Artigliere est atteint par le Duguay-Trouin et le Fortuné. Le premier obus démolit la passerelle de commandement et le second une chambre de chauffe (ce qui fait chuter la vitesse à 21 noeuds.
En retour, le Duquesne a un compartiment machine avarié par un obus du Bolzano, tandis que le Duguay-Trouin, atteint par l'Aosta et l'Attendolo, perd une tourelle et un affût lance-torpilles. Les trois torpilleurs sont touchés par les destroyers italiens mais ne souffrent que de dommages mineurs. Le Fortuné lache une salve de torpilles, qui aura, on le verra, une influence majeure sur la bataille.

Au tour 15, le Lanciere est broyé par 4 obus de 203 mm du Duquesne. Le Duguay-Trouin place un obus de 155 mm sur l'Attendolo, qui ne cause cependant aucun dommage. L'artillerie secondaire du Duquesne et du Duguay-Trouin endommage légèrement le Carabiniere et l'Artigliere. L'Aosta et l'Attendolo touchent de nouveau le Duguay-Trouin, sans l'endommager sérieusement.

Au tour 16, la foudre tombe sur l'escadre italienne. Le Carabiniere est à son tour réduit à l'état d'épave par 6 obus du Duquesne. Le Camicia Nera, atteint à deux reprises par le Tourville, est détruit par l'explosion de ses grenades anti-sous-marines. L'Attendolo est atteint par un obus de 155 mm qui démolit une tourelle. L'Aosta encaisse deux obus du Suffren, qui démolissent les circuits de tir de son armement prinicpal. Pour couronner le tout, les deux croiseurs légers italiens sont touchés coup sur coup par une torpilles lancée au tour 14 par Le Fortuné. Les italiens ont de la chance dans leur malheur car les deux croiseurs s'en tirent avec des dommages modérés. Ils sont cependant hors de combat et l'Aosta est temporairement immobilisé. Le Basque lance ses torpilles sur le Geniere.
Les tirs italiens ne compensent pas le désastre qui vient de s'abattre sur l'escadre de la Regia Marina. Le Bolzano touche le Duquesne et avarie une chambre de chauffe du croiseur français. Le Trento atteint le Suffren à deux reprises mais ne cause pas de dommage significatif. L'Aosta démolit une des tourelles du Duguay-Trouin et une des dernières salves du Camicia Nera endommage légèrement Le Basque.
Paradoxalement ses succès sont peut-être à l'origine de la défaite française, en incitant certains joueurs à prendre des risques inconsidérés. Les tours 17 et 18 voient les deux flottes s'échanger quelques coups sans conséquence (sauf pour le Corrazziere, sérieusement endommagé par le Duquesne), tandis que le Suffren fonce de façon inconsidérée vers les destroyers italiens.


Tours 19-23 : la victoire torpillée

Le Geniere lance ses torpilles à une distance si courte qu'elles peuvent difficilement manquer. Eventré par deux d'entre elles, le croiseur prend immédiatement une forte gîte et commence à chavirer. Le Tourville touche deux fois l'Attendolo, sans l'endommager sérieusement. Le Lanciere, déjà hors de combat est de nouveau saccagé par deux obus du Suffren.

Le massacre continue au tour suivant. Les torpilles que la Basque a lancé au tour 16 ont manqué leur cible, mais par une cruelle ironie croisent la route de l'Attendolo. Le croiseur est touché et explose peu après avoir encaissé un obus du Tourville. Le Duquesne encaisse un obus du Bolzano et un autre du Trento mais ne souffre pas trop.

L'intensité et la précision des tirs diminue encore au tour suivant compte-tenu de la distance et de la fumée, omniprésente. Au tour 22, le Duquesne place un obus sur une des tourelles du Bolzano, qui est démolie. Le navire amiral français n'a pas le temps de savourer son succès car il est peu de temps après atteint par une des torpilles que l'Aosta a lancé au tour 18. Le Duquesne ne résiste pas aussi bien que les CL italiens et disparaît dans une énorme explosion, scellant définitivement la défaite de l'escadre française.



Epilogue

Les deux flottes, étrillées se replient, l'une vers Beyrouth, l'autre vers Tarente, abandonnant sur place les éclopés. L'Aviere et Le Basque sont contraints de se saborder.


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Bilan

Le bilan de la bataille est lourd pour les deux camps. La Marine Nationale a perdu deux croiseurs lourds (Duquesne et Suffren), torpillés, et le torpilleur Le Fortuné a été contraint de se saborder. Le Duguay-Trouin et les deux torpilleurs restant sont légèrement endommagés.
Du côté italien, les pertes s'élèvent au croiseur Attendolo et quatre destroyers (Camicia Nera, Aviere, Lanciere et Carabiniere). L'Aosta et le Corrazziere ont subi des dommages notables qui demanderont un passage en chantier naval, et les autres navires (à l'exception de l'Ascari), soit le Bolzano, le Trento, l'Artigliere et le Geniere ont subi des dommages légers mais incapacitants : une partie de leur armement est avarié et il est probable que la remise en état ou le remplacement des canons demande beaucoup de temps compte-tenu des carences de l'industrie d'armement italienne.

Une fois n'est pas coutume, il est difficile de déterminer nettement le vainqueur de l'affrontement. La Regia Marina a perdu le plus de navires, mais ne déplore la perte que d'un seul croiseur contre deux pour la Marine Nationale. En termes de tonnage les pertes sont 20% plus élevées dans le camps français, mais les pertes humaines sont légèrement (10%) plus lourdes du côté italien (1.550 français / 1.750 italiens).

D'un point de vue symbolique, la Regia Marina peut revendiquer une victoire tactique mineure car la perte de deux croiseurs lourds est un indéniable revers pour l'escadre française qui est à l'orgine de l'affrontement. Sur le plan stratégique, la perte sèche de ces deux unités ne compte pas beaucoup pour la France, qui est de toutes façons déjà battue par les armées allemandes. La perte d'un croiseur et de quatre destroyers est au contraire un très mauvais coup pour le Regia Marina qui devra bientôt affronter la Royal Navy, avec les difficultés que l'on sait. Au reste ce dernier point ne reflète en rien les mérites respectifs des deux équipes et des joueurs qui les composent. De ce point de vue, l'analyse est encore plus délicate et nécessite qu'on se plonge un peu plus dans le détail de l'affrontement.

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Analyse de la bataille

Les remarques qui vont suivre ne visent bien évidemment pas à stigmatiser, critiquer qui que ce soit mais à relever les erreurs (ou supposées telles) ou les succès, dans l'optique d'un retour d'expérience que j'espère bénéfique pour tous. Je précise qu'étant moi-même joueur, je sais bien qu'il est bien plus facile de relever telle ou telle erreur quand on est arbitre que de ne pas la faire quand on est joueur. J'ai bien peur d'avoir fait, comme joueur, les mêmes erreurs que celles que je "reproche" régulièrement à mes ouailles.
Au reste, tout ce qui va suivre n'est que mon point de vue, sincère mais subjectif. Je ne prétends pas connaître les tenants et les aboutissants des décisions que vous avez prises et il est possible que ma lecture des évènements soit entachée d'approximations, d'erreurs en tous genres.

A mon sens, l'escadre française a d'un point de vue global mieux mené le combat. Le chef d'équipe italien a fait une erreur de jugement en faisant route à l'ouest, ce qui l'a isolé du centre du combat et a laissé le reste de son escadre vulnérable face à la force française. Bruno a tiré profit de cette erreur et la flotte française s'est trouvé à deux reprises en position d'étriller les forces légères italiennes.

Malheureusement pour l'équipe française, les deux opportunités ont été perdues, malgré le splendide tir de torpilles de Dominique (commandant de la 3ème DT, embarqué sur le Basque). Le torpillage du Suffren (suite à sa charge inconsidérée), puis du Duquesne (suite à un joli tir de Marino, commandant de la 7ème division de croiseurs, embarqué sur l'Aosta) ont rétabli la situation et offert la victoire à l'Italie, victoire qui jusqu'au tour 19 semblait plutôt promise à la Marine Nationale.

La première opportunité est généreusement offerte par l'équipe italienne au début de la partie : le Bolzano et du Trento, partent seuls à l'ouest tandis que les destroyers foncent vers le nord, et qui plus est, restent plus que nécessaire sous le feu adverse. Cette opportunité est gâchée par une politique de tir un peu brouillonne : le choix des cibles est discutable, le choix de diviser le tir sur plusieurs cibles l'est également, et plus grave, des occasions de tirs sont perdues car des ordres de tirs impossibles sont donnés (par exemple des tourelles doivent engager des cibles qui ne sont pas dans leur arc de tir). La 12ème division de destroyer italienne a échappé à la destruction à ce moment et aurait probablement été anéantie si le tir des croiseurs français avait été mieux dirigé.

Pendant les manoeuvres qui vont mener à la deuxième opportunité, le chef d'escadre français fait une erreur qui va probablement contribuer à la défaite française : il donne la liberté d'action au Tourville, puis, quelques tours plus tard, au Suffren. La conséquence est que le Tourville sera désormais souvent un peu loin de l'action, et le Suffren beaucoup trop proche, avec le résultat que l'on sait. Au reste, les italiens font eux aussi leur lot d'erreurs. Les deux divisions de croiseurs émettent chacune de la fumée, qui ne nuit finalement qu'à elles (le Trento et l'Attendolo seront à plusieurs reprises gênés par la fumée émise par le chef de division). Pire, lorsque la 3ème division de croiseurs entame un virage vers l'est, afin de revenir vers le centre de combat, elle le fait sur bâbord, c'est à dire vers le sud, ce qui l'éloigne encore plus de ses cibles. Il aurait préférable de virer sur tribord, vers le nord, afin de racourcir la distance de tir.

La deuxième opportunité est offerte par les desroyers italiens qui reviennent à la charge, sans pour autant réellement planifier d'attaque à la torpille. Même si on est loin de l'inertie qu'on a vu dans de précédentes parties, l'impression est que certains DD ont fait preuve d'une certaine retenue dans leur actions qui confine à l'indécision. Il fallait dans une situation critique (ils étaient à moins de 10.000 yards de plusieurs CA) prendre des décisions tranchées et les appliquer énergiquement. A mon sens, il fallait être soit agressif et profiter de la distance pour attaquer à la torpille de façon résolue, soit, si la situation ne le permettait pas, rompre le combat de façon plus énergique.

Dans cette phase cruciale du combat, plusieurs erreurs de jugement sont faites de part et d'autre. Le Tourville continue à engager le Trento au tour 14 alors que la cible est à plus de 21.000 yards et que des DD sont à 12.000 yards. La 7ème division de croiseurs effectuent un peu plus tard des manoeuvres évasives qui dégradent leur tir, alors qu'aucun navire ne leur tire dessus. Citons également l'exemple du Duguay-Trouin qui prolonge trop longtemps un duel perdu d'avance avec l'Aosta et l'Attendolo, et qui a échappé de peu à la destruction.

Cette analyse grossière serait incomplète sans quelques remarques sur ce qui – contre toute attente – a fait la différence dans cette partie : les tirs de torpilles. Je reléverai donc d'abord le côté inattendu voire surréaliste d'un combat de surface de jour gagné à la torpille. C'est pour le moins peu courant et s'explique par une conjonction d'erreur de jugement, de chance et d'habileté.
La perte du Suffren est le tournant de la partie et, désolé d'insister, sa principale bévue, les autres erreurs étant justement de simples erreurs difficiles à éviter. Je note cependant que l'équipe italienne peut difficilement s'en enorgueillir car la 11ème division de destroyers ayant en grande partie perdu sa cohésion à ce moment, le Geniere était sous le contrôle de l'arbitre au moment du tir. Cela soulève un problème récurent auquel je n'ai jamais trouvé de réponse parfaite : devais-je ordonner ce tir ou non ?
D'un côté, l'exigence de réalisme qui sous-tend nos parties me fait répondre oui. Il est difficile d'envisager que le commandant du Geniere, dans une situation comme celle-ci, ne tire pas. D'un autre côté, prendre la décision de tirer "m'implique" en quelque sorte dans un camps, ce que je répugne à faire, et ce d'autant moins que mes décisions seront plus "pertinentes" que celles de de la plupart d'entre vous dans la mesure où je connais mieux les règles, les outils et la situation. J'ai fais le choix de lancer les torpilles, en me doutant bien des conséquences pour l'équipe française, et me demande comment la partie aurait évolué si j'avais pris la décision inverse. La victoire italienne, ni voyez ni offense ni minoration des mérites de chacun, me paraît au vu de cette réflexion tout de même bien fragile ...

Le tir de Dominique (commandant du Fortuné) sur la 7ème division de croiseur est un véritable coup de maître servi par un coup de chance fabuleux. Il est dommage pour l'équipe française que les dommages aux deux croiseurs aient été si faibles, car la victoire aurait été, dans le cas contraire, assurée. C'est assez ironique par ailleurs de voir Marino, notre expert es torpillage, torpillé de la sorte. L'arroseur arrosé en quelque sorte. Je dirai doublement arrosé car la deuxième torpille qu'encaisse l'Attendolo est un coup du sort, un gag improbable, qui donne à cette partie un côté sur-réaliste. Rappelons que cette torpille avait été lancée – et correctement lancée – par le Basque en direction du Geniere. Le destroyer a changé de cap et les torpilles ont continué leur route, jusqu'à croiser – contre toute attente – celle de l'Attendolo.

Le talent de Marino pour utiliser les torpilles est une fois de plus démontré par le torpillage du Duquesne, qui je crains, a fait l'effet d'une douche froide pour les français. Autant la perte du Suffren était prévisible, autant celle du navire amiral français était – en tout cas de mon point de vue – inattendue. Ce magnifique coup de Jarnac est comme le torpillage de l'Aosta et de l'Attendolo un improbable mélange de compétence et de chance. La fortune souris aux audacieux dit le proverbe ...


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